Belgrand traça le réseau des collecteurs :
- Le collecteur d'Asnières, qui devait conduire
à l'aval de Paris les eaux de la rive droite ;
- Le collecteur de la Bièvre, qui devait capter la
rivière de ce nom à la rue Geoffroy-Saint-Hilaire et la conduire,
ainsi que les eaux usées de la rive gauche, également à Asnières,
après avoir franchi la Seine en siphon au pont de l'Alma ;
- Le collecteur du Nord, construit à frais communs entre
l'Etat et la Ville, qui devait recevoir les eaux de la zone nord
et du nouveau Paris, pour les conduire à la Seine à Saint-Denis.
A ces grandes artères Belgrand souda des rameaux d'une importance moindre :
- Sur la rive droite :
- Le collecteur des Petits-Champs, prolongé par la suite
à travers les IIe, IIIe et XIe arrondissements, pour venir se relier
au collecteur des Coteaux, boulevard Richard-Lenoir ;
- Le collecteur Sébastopol ;
- Le collecteur des quais rive droite.
- Sur la rive gauche :
- Le collecteur Saint-Michel ;
- Le collecteur Bosquet ;
- Le collecteur des quais d'aval.
En même temps que l'on exécutait ces grandes artères, on
construisait annuellement 35 kilomètres d'égouts secondaires,
jusqu'en 1870 tout au moins ; car, après la guerre, et jusqu'en
1878, date de la mort de Belgrand, cette longueur ne fut plus,
annuellement, que de 25 kilomètres.
En 1878, la logueur des égouts était de 600 kilomètres. En
même temps qu'il construisait les égouts, Belgrand perfectionnait
leur curage. Il faisait construire des wagons-vannes pour
le curage des collecteurs secondaires et des bateaux-vannes
pour le curage des grands collecteurs.
Ce travail, se faisant automatiquement, diminuait la main-d'oeuvre.
De plus, en 1869, toujours sous la haute direction de Belgrand,
furent faits dans la plaine de Gennevilliers des essais importants
d'irrigation à l'eau d'égout, expériences qui avaient
été entreprises en petit par M. l'inspecteur général Mille
dans un champ d'essai installé alors à Clichy.
L'alimentation d'eau, lorsque Belgrand prit, en 1854,
la direction des travaux, était de 142 000 mètres cubes.
L'accroissement était dû à l'établissement, en 1848, de la pompe
à feu d'Austerlitz, et en 1851, de celle de Chaillot.
Belgrand fut chargé par le préfet de la Seine de rechercher,
au delà des formations gypseuses entourant Paris, des eaux
assez élevées et assez abondantes pour alimenter la ville.
C'est à la suite de ces recherches qu'en 1865 l'eau de la
Dhuys entra dans Paris, amenant un volume journalier de
20 000 mètres cubes.
Dix ans plus tard, les sources dérivées de la Vanne amenaient
à Paris un volume d'eau de 120 000 mètres cubes, ce qui portait
l'alimentation quotidienne à 350 000 mètres cubes.
En 1913, Paris disposait d'un volume d'eau journalier
de 997 636 mètres cubes en moyenne.
Dans la période de 1878 à 1889 (Belgrand était alors
remplacé par Alphand), des sommes très importantes ont été
affectées à la construction des égouts neufs et à l'aménagement
des anciens égouts qui ne se trouvaient plus dans les
conditions suffisantes pour permettre le curage perfectionné
qu'on exige actuellement.
298 kilomètres d'égouts ont été construits, et 30 000 000
de francs ont été dépensés.
Plusieurs collecteurs secondaires ont été construits : ceux
du quai de Billy, de l'avenue Montaigne, du Centre
(Petits-Champs prolongé), de la rue Saint-Charles, du quai
Saint-Bernard.
De plus, les eaux d'égout du XIIe arrondissement, qui
s'écoulaient encore en Seine, furent évacuées dans le collecteur
des quais de la rive droite à l'aide d'un siphon supérieur
accolé au pont Morland, ces eaux ayant, au préalable, été
relevées par une usine élévatoire construite à l'amont.
Il ne restait plus guère, à cette époque, que 260 kilomètres
d'égouts à construire pour terminer entièrement le réseau parisien.
Il y avait donc, à la fin de l'année 1889, 898 kilomètres d'égouts.
Il convient de signaler une amélioration apportée dans le
cours de cette période au mode de curage des petites galeries.
Jusqu'en 1881, dans un certain nombre d'égouts sans pente
ou chargeant beaucoup en sables ou immondices, on créait,
en certains points, une réserve d'eau maintenue par un
barrage que l'on enlevait brusquement à un moment donné, ce
qui produisait une chasse puissante.
Ce procédé avait toutefois de nombreux inconvénients parmi
lesquels on peut signaler : le danger de l'opération, l'arrêt de
la circulation dans les égouts noyés servant de bâche, l'infection
qui résultait des eaux ainsi retenues, quelquefois pendant
plusieurs jours, les chances d'inondation des caves, par
suite du relèvement du plan d'eau, etc.
Pour obvier à ces nombreux inconvénients, l'Administration
a substitué à ces bâches d'eau sale des réservoirs d'eau propre
que l'on place au point haut des égouts. Ces réservoirs sont
pourvus d'un appareil de chasse automatique qui, se vidant
plusieurs fois dans les vingt-quatre heures, assure le curage
des égouts qu'il dessert.
L'eau propre ainsi chassée vivement offre, en outre,
l'avantage de renouveler l'air de l'égout et, par suite, de l'assainir.
A la fin de 1889, 892 réservoirs de chasse fonctionnaient.
De plus, sur les égouts recevant ordinairement de grandes quantités
de sable, notamment alors dans les Ier et IIe arrondissements,
il fut placé, au-dessous de la chute, des récipients
spéciaux qui recueillaient les immondices et qui laissaient
filtrer l'eau. Ces récipients étaient enlevés plusieurs fois
par semaine.
Il existait, à la fin de 1889, 196 de ces récipients. Ils ont été
supprimés depuis.
Pendant le cours de la période plus récente encore, c'est à
dire de 1890 à 1897, de nombreux travaux d'égout ont été exécutés.
La loi du 18 juillet 1894 adoptant, pour la ville de Paris, le
principe du tout à l'égout et l'assainissement de la Seine, il
était de toute nécessité de terminer sans retard le drainage
de toutes les voies publiques, d'aménager les égouts anciens
qui ne répondaient plus aux nouveaux besoins, de supprimer
les déversements en Seine, tant dans la traversée de Paris
qu'à l'aval de la capitale, et de pourvoir à l'insuffisance des
grands collecteurs que les nouvelles amenées d'eau de source,
ainsi que les nouvelles installations d'usines élévatoires d'eau
de rivière, avaient encombrés.
Il y a lieu de comprendre, dans les importants travaux
exécutés par suite de l'application de la loi du 10 juillet 1894,
ceux relatifs à l'aménagement des terrains d'épandage, ainsi
que de nombreuses galeries, les ouvrages d'art et usines
élévatoires construits pour y amener les eaux.
A la fin de l'année 1897, la longueur kilométrique des égouts
publics était de 1 029,593 15 kilomètres, sans compter
les branchements de bouche, de regards, etc., et il ne restait plus
qu'une longueur de 121 kilomètres d'égout à construire.
On voit donc que, dans cette période 1890-1898, le réseau
des égouts a augmenté de 129,666 44 kilomètres.
Le nombre des réservoirs de chasse était de 3 126.
Parmi les travaux d'égout les plus intéressants, exécutés
pendant cette période, il y a lieu de signaler :
Dans les îles Saint-Louis et de la Cité, la construction
de siphons sous la Seine permettant d'envoyer dans les collecteurs
des quais rive droite et rive gauche les eaux usées de
ces îles, qui s'écoulaient encore en Seine.
Sur la rive gauche, la suppression du bief Buffon et la
couverture de certaines autres parties de la Bièvre ; le
prolongement du collecteur Saint-Bernard ; la suppression
du déversement en Seine du collecteur des quais aval ; la
construction du collecteur Rapp qui recevait les eaux du collecteur
des quais aval de la rive gauche, lesquelles étaient amenées par
le nouveau collecteur de la rue de la Convention à l'usine de
relèvement construite à l'angle de cette voie et de la rue
Lecourbe ; la suppression de la conduite forcée du quai de
Javel et son remplacement par un collecteur secondaire se
raccordant avec celui de la rue de la Convention ; la construction
sur d'anciennes carrières, boulevard Lefèvre, d'un égout de
grande section, en raison des conduites de gros diamètres
qu'il doit contenir.
Le prolongement du chemin de fer des Moulineaux jusqu'aux
Invalides a apporté une grande perturbation au cours
des eaux d'égout de la partie ouest de la rive gauche.
C'est ainsi qu'il a fallu dévier le grand collecteur de Bièvre,
par la rue de l'Université, entre le siphon de l'Alma et
la rue de Bourgogne ; modifier complètement le dispositif
des chambres des têtes amont du siphon ; modifier le cours et la
section du collecteur des quais aval.
Sur la rive droite, la construction des collecteurs Amelot
et Saint-Gilles, qui ont capté les eaux allant encore en Seine,
par l'ancien égout de ceinture situé sous la berge du canal
Saint-Martin la construction des collecteurs secondaires de
la rue et du faubourg Montmartre, exécutée en participation
avec l'Etat, la construction du collecteur secondaire de la
rue du Temple ; l'établissement sous le canal Saint-Martin,
du siphon dit Richard-Lenoir, qui fait communiquer les deux
collecteurs des Coteaux et du Centre.
On signalera également la construction du siphon sous
la Seine au pont de la Concorde destiné à diriger sur la rive
droite les eaux du collecteur de Bièvre et de 1895 à 1899,
la construction du collecteur de Clichy le plus considérable
de tous les ouvrages existants à Paris.
Les travaux entrepris à partir de 1898 pour la construction,
tant du chemin de fer métropolitain municipal que du chemin
de fer électrique souterrain Nord-Sud, ont entraîné d'importantes
modifications dans le tracé des égouts et des collecteurs
et ont nécessité la création de nouveaux collecteurs secondaires.
On a poursuivi également la construction de galeries
dans les voies qui en étaient dépourvues.
Enfin sur l'emprunt de 900 millions autorisé par la loi du
30 décembre 1909, les fonds nécessaires étaient prévus pour
l'achèvement du réseau des égouts, la construction d'un
siphon sur la Seine en aval du pont Mirabeau et d'un nouveau
collecteur dit collecteur de l'Ouest devant recueillir les
eaux des quartiers bas du XVe et XVIe arrondissements
préalablement relevées par une usine prévue sur le quai
d'Auteuil et la suppression complète de la Bièvre dans la traversés
de Paris. Ces travaux ont été entrepris à partir de 1910. Quelques-uns
ont pu être terminés avant la guerre et les autres momentanément
interrompus ont pu être poursuivis et achevés après la guerre.
Tel est, résumé en quelques pages, l'historique des égouts de Paris.
Les statisticiens consulteront utilement les courbes, qui
frappent plus vivement l'imagination et qui montrent
d'un simple coup d'oeil les progrès rapides faits
pour améliorer l'hygiène de la grande cité parisienne, tout au
moins en ce qui concerne l'évacuation rapide des eaux sales
et des matières de vidanges.
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