C'est seulement à partir de 1824 que
l'on comprit le rôle important que pouvaient jouer les
égouts, moins encore au point de vue de l'hygiène qu'à celui
de l'entretien des chaussées.
Ce furent les ingénieurs des Ponts et Chaussées MM. Devilliers,
Coïc, Duleau et ensuite Emmery qui opérèrent cette révolution.
Pour cela, le principal facteur étant l'argent que les faibles
ressources de la ville ne permettaient pas de gaspiller, ces
ingénieurs ont changé le mode de construction des égouts.
Ces derniers, construits jusqu'à cette époque en pierre de taille
avec mortier de chaux grasse, revenaient de 400 à 1 200 francs le mètre ;
ils furent alors construits en meulière et mortier
hydraulique, et le prix de revient tomba à 100 francs en moyenne.
C'est ainsi que l'égout de la rue de Rivoli,
construit en 1803, qui partait de la rue des Pyramides pour aboutir à la rue
Saint-Florentin avait coûté 800 000 francs pour une longueur
de 666 mètres.
Il en était de même pour celui de la rue Saint-Denis construit à la même époque.
En 1830, toutes les eaux de la rive droite étaient renvoyées
dans le grand égout de ceinture. Il arrivait qu'à la moindre
pluie ce dernier débordait et causait des dommages.
C'est alors que MM. Duleau et Girard construisirent
des égouts de décharge descendant directement à la Seine.<
Ce fut Emmery qui, le premier, comprit la nécessité des
bouches d'égout sous trottoir, l'établissement d'une bouche
d'eau au point heurt des ruisseaux, et aussi la transformation
des chaussées fendues en chaussées bombées.
Au milieu du XIXe siècle, on pouvait voir les eaux sales de
toute provenance circuler librement sur la voie publique pour
se rassembler dans le ruisseau unique, ménagé au milieu de la
chaussée, et d'où chevaux et voitures faisaient jaillir au
grand dommage des boutiques et passants d'innombrables
éclaboussures. Plus d'un habitant de l'époque a pu dire ce
qu'avait déjà dit Boileau :
Guénaud, sur son cheval, en passant m'éclabousse,
Et n'osant plus paraitre en l'état où je suis,
Sans songer où je vais, je me sauve où je puis.
De 1832 à 1836, la longueur des égouts s'augmenta
annuellement de 8 kilomètres, tandis qu'elle ne s'était allongée que
de 500 mètres par an, de 1806 à 1823, et de 1 kilomètre par
an de 1824 à 1831.
Jusqu'en 1848, les travaux marchèrent avec rapidité. Ils
furent ralentis par les événements de 1848, mais repris vers 1851.
Pendant cette période, M. Mary, qui avait succédé à M. Emmery
dans la direction du service des eaux et égouts, songea
à utiliser les égouts pour y placer les conduites d'eau. Pour
cela, il augmenta la largeur minimum des petits égouts et
leur donna de 0,70 à 0,80 mètres.
Mais cette innovation, jugée très importante, était dispendieuse
pour les galeries destinées à recevoir les grosses conduites
d'eau ; aussi ne fut-elle pas admise immédiatement.
En 1851, M. Mille, ingénieur des Ponts et Chaussées,
attaché à la ville de Paris, apporta d'Angleterre le
type d'égout ovoîde dont l'emploi s'est généralisé.
L'administration fit tout d'abord quelques résistances à
cause de la faible épaisseur des maçonneries qui ne paraissaient
pas devoir présenter toute sécurité ; mais cette crainte
fut de courte durée, et M. Dupuit fit adopter ce type dans son
avant-projet d'assainissement, qu'il présenta en 1855.
Cette forme d'égout offrait en effet une section plus grande
avec un même cube de maçonnerie, c'est à dire sans
augmentation de dépense.
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